Auteurs : Mirella Pisciuneri et Carl Adjami
Vu de l’extérieur, l’échec d’une entreprise est précipité par quelques événements importants qui précèdent les signes évidents de non-rentabilité récurrente. Si on attend quelques jours avant la paie pour conclure que les fonds sont insuffisants pour verser les salaires, il est trop tard. Toutefois, si la situation est prise en main à temps, une solution novatrice de restructuration peut aider une entreprise à se recentrer et à éviter la faillite.
Les 10 principaux signes avant-coureurs qui devraient sonner l’alarme que les choses se détériorent sérieusement se résument comme suit :
Des lacunes au niveau de la direction
- La raison la plus courante à l’origine de l’échec d’une entreprise est une faiblesse au niveau de la haute direction.
- Le changement est inévitable et les organisations qui ne s’y adaptent pas mettent en péril leur viabilité à long terme. Le changement est normal et, par conséquent, la direction doit l’anticiper, le surveiller et s’y adapter rapidement.
- La haute direction doit constamment surveiller de près les changements au sein de son secteur d’activité tels les progrès technologiques, l’arrivée de nouveaux concurrents et les modifications apportées aux lois et règlements fiscaux qui pourraient avoir une incidence sur la rentabilité de l’entreprise.
La production tardive chronique des états financiers
- Il s’agit souvent d’une tactique pour retarder la présentation de mauvais résultats
Un taux de roulement élevé au sein de la haute direction
- Lorsque les cadres constatent la gravité de la situation, ils quittent souvent pour un endroit où le gazon est plus vert. Ils sont souvent remplacés par des employés non qualifiés qui font partie de l’entreprise depuis de nombreuses années, mais qui, malheureusement, ne possèdent pas l’expertise nécessaire pour traverser la tempête.
Les ratios d’endettement
- Un BAIIA qui n’est pas suffisant pour couvrir les frais et les intérêts de la dette indique habituellement qu’il y a un problème.
Absence de la direction
- Une entreprise ne peut pas être gérée à distance sans une infrastructure adéquate et des gestionnaires perspicaces à la barre. Quand le chat n’est pas là, les souris dansent!
L’augmentation inexpliquée des débiteurs et des stocks, et une réduction importante des investissements en recherche et développement et en immobilisations
- Une augmentation des débiteurs, non accompagnée d’une hausse proportionnelle des ventes, constitue habituellement une solide indication que la direction éprouve des problèmes de recouvrement, qui sont souvent liés à la liquidité des clients ou à des différends découlant de problèmes de qualité.
- Une augmentation imprévue des stocks peut être un bon indicateur d’une baisse de la demande à l’égard d’un produit.
- La réduction des budgets d’investissement en recherche et développement et en immobilisations constitue une solution de fortune rapide au problème de liquidités.
- Des réductions répétées des investissements en recherche et développement et en immobilisations menacent la viabilité à long terme d’une entreprise.
La dépendance économique
- La dépendance à un fournisseur clé, à un client ou à un produit unique constitue souvent une formule vouée à l’échec.
La baisse du solde de l’encaisse et l’augmentation des comptes fournisseurs
- Les entreprises qui échouent ou qui sont sur le point d’échouer constatent généralement une forte baisse du solde de l’encaisse ou une augmentation de leur marge de crédit. La diminution de l’encaisse est généralement accompagnée d’une augmentation du montant ou de l’ancienneté des comptes fournisseurs.
Le manque de planification de la relève et les dirigeants qui font cavalier seul
- Les dirigeants qui font cavalier seul et les cadres vieillissants qui n’ont pas prévu de plan de relève représentent de grands dangers pour l’entreprise car ils pourraient la mener vers une fin abrupte.
Le remplacement précipité des auditeurs
- Lorsqu’une entreprise change de cabinet comptable sans raison apparente, cela indique habituellement qu’il existe un désaccord avec la direction quant à la façon de comptabiliser des produits « créatifs » ou de présenter des passifs.
Ce qui précède n’est pas une liste exhaustive. Les parties prenantes (les employés, les actionnaires et leurs conseillers) ont la responsabilité de faire preuve de prévoyance afin de reconnaître les signes avant-coureurs et de réagir avant qu’il ne soit trop tard.
Ignorer les signes avant-coureurs : Blockbuster en faillite
Qu’est-il arrivé à Blockbuster?
- En 2002, Blockbuster régnait sur le marché de la location de films avec une capitalisation boursière de 6 milliards de dollars.
- Après seulement huit ans, en septembre 2010, Blockbuster États-Unis déclare faillite, et l’entreprise canadienne, grevée de cautionnements pour l’entreprise américaine, dépose une demande de mise sous séquestre huit mois plus tard.
- Netflix et iTunes ont révolutionné l’industrie du divertissement cinématographique et ont envoyé Blockbuster au tapis.
Blockbuster a-t-elle été victime des progrès technologiques qui ont permis l’accès à moindre coût aux films vidéo à la maison, ou était-ce une mauvaise gestion? [...] Il est surprenant que Blockbuster n’ait pas vu les signes plus tôt et arrêté d’accumuler des dettes d’une telle ampleur.
La faillite de Blockbuster doit sonner l’alarme pour d’autres fournisseurs de films tels que la télévision payante. Pourquoi payer plus pour des films quand des abonnements mensuels à visionnement illimité sont offerts?
Il faut sans doute en conclure que les temps changent. Les entreprises doivent suivre le courant. Les gens opteront toujours pour la solution la plus simple et la moins chère. C’est ce qu’on appelle « la solution de facilité ».
BlockbusterBankruptcy.com (traduction libre)
Paysage de l’insolvabilité au Canada
Taux d’insolvabilité des entreprises
Le taux d’insolvabilité commerciale au Canada a diminué d’environ 50 % au cours de la dernière décennie. Le graphique suivant présente les faillites et les propositions par tranche de 1 000 entreprises au Canada depuis dix ans :
Comme on peut le constater dans le graphique ci-dessous, le taux préférentiel de la banque est demeuré inférieur à 8 % au cours de la dernière décennie, passant d’un sommet de 7,2 en 2000 à 2,4 en 2009. L’inflation a été négligeable au cours de la dernière décennie demeurant en dessous de 2 % et aussi basse que 0,3 % en 2009. Les faibles taux d’intérêt et l’inflation minime ont fourni aux entreprises une plus grande marge de manœuvre et d’erreur, ce qui explique en partie la diminution des taux d’insolvabilité des entreprises.
Heureusement (ou malheureusement si vous êtes un professionnel de l’insolvabilité), les économistes prévoient que les taux d’intérêt demeureront bas jusqu’en 2013. Toutefois, comme l’a dit Jim Flaherty, « Nous mettons en garde les gens de ne pas s’exposer à trop de dettes à long terme en se basant sur l’hypothèse que les taux d’intérêt resteront aussi bas qu’ils le sont actuellement, parce que ce ne sera pas le cas. La hausse des taux d’intérêt est inévitable. » (traduction libre)




